Salut à vous Philippe Crab, 

 

 

(…) 

 

 

J’ai retrouvé ces phrases de Sens Plastique de Malcolm de Chazal. 

 

 

« L’ouïe est un aimant qui pulse, et qui prend, relâche et reprend les sons en courtes touches pressées, créant un brouhaha intermédiaire, qui sert de toile de fond harmonique aux solos de première ligne, et que l’effet d’accoutumance change en coussins de silence, pour embellir et clarifier tous les sons. Sans cette pulsation de l’ouïe, les sons n’auraient point d’assise dans l’oreille, et nous entreraient comme une dague ou une épée, et nous quitteraient tout aussi vite qu’entrés, par manque de terrain d’absorption. » 

 

 

 

Post-scriptum. 

 

 

Je vous envoie ci-joint un texte à propos de Thelonious Monk.  

 

 

 

 

 

 

                                                                                  A Bientôt                         Boris Wolowiec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour Boris Wolowiec,

(…)

Merci pour la belle citation de Malcolm de Chazal. Je vais la méditer. Les courtes touches pressées, surprenante image, mais pourquoi pas, l’ouïe ferait presque de l’escrime avec les dagues innombrables du son. L’ouïe de Chazal, ce n’est pas si loin de la conscience-perception, de la mémoire, de la durée comme dirait l’autre, vous ne trouvez pas ? Touches par pulsation, cela suggère un rythme dans nos préhensions, rythme non pas venu du dehors, mais de l’ouïe elle-même. Rythme « discret » en soi, sa propre maille/matrice discontinue, son filet à sons. Ailleurs il dit que « l’ouïe est un spectateur qui applaudit des yeux », cligne donc, à nouveau la discontinuité, et le rythme.

Et merci pour le texte sur Monk, qui roule-boule et agrège à merveille comme vous seul savez le faire, une vraie planète à la fin. Jean-Daniel m’avait fait parvenir une version je crois antérieure du texte. Si nous nous voyons j’essayerai d’en parler avec vous, pas trop stupidement si j’y arrive, et revenir sur Webern et quelques autres, tant de choses à dire... J’écoute trop peu de musique en ce moment… trop de bruit, aimant démagnétisé, coussin percé. Plainte !

A très bientôt, dans quelques jours j’espère

Philippe

(les touches de l’ouïe, ce serait aussi de la pêche à la ligne)