Caractère

 

 

 

 

 

 

 

En chaque homme Lichtenberg cherche à détecter le hasard de son caractère, la chimie de son caractère, le hasard chimique de son caractère, l’absurdité de son caractère, le hasard absurde de son caractère.

 

 

 

Lichtenberg cherche à déterminer l’ensemble des différences de l’humanité. Lichtenberg cherche à déterminer la multitude des caractères en tant qu’ensemble vide de l’humanité. Lichtenberg cherche à déterminer la multiplicité absurde des caractères comme ensemble vide de l’humanité et la multiplicité vide des caractères comme ensemble absurde de l’humanité.

 

 

 

 

 

« Si les hommes livraient un compte rendu précis de leur rêves, le caractère se révèlerait plus aisément que par le visage. »

 

Lichtenberg n’interprète pas les rêves afin de découvrir le sens caché d’un homme. Lichtenberg étudie les rêves sans les interpréter. Lichtenberg évoque les rêves afin de révéler le non-sens flagrant du caractère de chaque homme.

 

 

 

Lichtenberg invente une sorte d’astrologie à l’envers. Lichtenberg étudie le caractère des hommes afin de déterminer l’avenir des étoiles. Lichtenberg transforme l’ensemble vide de l’humanité en une liste d’étoiles.

 

 

 

Lichtenberg est une sorte d’astrologue à l’envers. Lichtenberg s’amuse en effet à tirer des cartes au monde, à tirer des cartes aux galaxies afin de leur révéler en dehors de toute prédiction qu’elle sera la forme singulière de leur passé, qu’elle sera la forme extravagante de leur passé.

 

 

 

 

 

« Il existe une sorte de ventriloquie transcendante par laquelle les hommes peuvent être amenés à croire qu’une chose qui fut dite sur terre vient des cieux. »

 

Lichtenberg abolit la ventriloquie transcendantale de la superstition. Lichtenberg révèle par une sorte de prestidigitation immanente de la pensée une chose lue au ciel comme si elle était donnée à entendre sur la terre. La pensée de Lichtenberg apparait comme une sorte d’inversion de la superstition. La prestidigitation mentale de Lichtenberg est de faire comme si la parole du ciel venait du silence de la terre et comme si le silence de la terre provoquait la parole du ciel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Musique

 

 

 

 

 

 

 

Lichtenberg sait que l’entrée de l’oreille est la sortie du labyrinthe et l’entrée du labyrinthe la sortie de l’oreille.

 

 

 

Lichtenberg dote chaque raisonnement d’une oreille invisible. Lichtenberg orne les interstices entre les pensées d’une oreille invisible.

 

 

 

Entre chaque phrase Lichtenberg dispose une oreille singulière, une oreille qui n’entend qu’une fois, une oreille qui entend la pause de noirceur du blanc entre les phrases.

 

 

 

 

 

Lichtenberg joue à la loterie avec le discernement de ses oreilles. Lichtenberg joue à la loterie avec la distinction de ses oreilles.

 

 

 

Lichtenberg étudie la trajectoire des regards avec le chant de ses oreilles. Lichtenberg étudie la trajectoire des regards avec la piste de chant de ses oreilles.

 

 

 

 

 

Lichtenberg joue des instruments de musique avec les oreilles. Lichtenberg joue des instruments de musique avec les oreilles et écoute la musique avec les doigts.

 

 

 

Lichtenberg joue de l’harmonica avec ses chevilles. Lichtenberg joue du clavecin avec son échine.

 

 

 

 

 

Il y a une étrange musique qui erre entre les lignes de l’œuvre de Lichtenberg, une musique des oreilles mêmes. C’est comme si Lichtenberg accomplissait la transmutation du bruit en musique par le seul geste de révéler l’intention rationnelle du bruit.

 

 

 

L’œuvre de Lichtenberg est en effet à la fois extrêmement silencieuse, d’un silence atemporel et extrêmement bruyante, bruit de la civilisation plutôt que de l’histoire. Etrangement Lichtenberg atteint ce silence atemporel par le geste de rationaliser le bruit. Et il parvient ainsi à révéler le bruissement de mutisme de la raison, ou plutôt le brouhaha de mutisme de la pensée.

 

 

 

 

 

Lichtenberg dirige l’orchestre les bruits avec un thermomètre. Lichtenberg dissèque l’orchestre des bruits avec un baromètre. Lichtenberg allume et éteint l’orchestre des bruits avec une boussole.

 

 

 

Lichtenberg utilise le paratonnerre comme baguette de chef d’orchestre. Lichtenberg utilise le paratonnerre comme baguette de chef d’orchestre des bruits, comme baguette de chef d’orchestre des bruits rationnels. Lichtenberg utilise le paratonnerre comme béquille de chef d’orchestre, comme béquille de chef d’orchestre des bruits, comme béquille de chef d’orchestre des bruits rationnels.

 

 

 

 

 

Lichtenberg souffle parfois ses oreilles comme des bougies.

 

 

 

Lichtenberg utilise la tour de Babel comme gâteau d’anniversaire. Lichtenberg utilise la tour de Babel comme gâteau d’anniversaire dédié aux bougies de ses oreilles.