Salut Ivar,

 

 

J’ai lu les Pages Choisies de Konrad Schmitt que tu m’as envoyées.

 

A l’évidence vous évoluez exactement à l’intérieur du même monde, à cette petite différence près que chez Schmitt la tonalité de Lautréamont reste peut-être en sourdine plus présente.

Elle me demandait si je connaissais l’homme au regard aérien. (…) la pâquerette du dégoût (….) le pot de moutarde de l’appréhension (…) la sauterelle verte de la persécution.

 

Très franchement si j’avais découvert ces textes sans qu’ils soient signés, j’aurais parfois pensé que tu en étais l’auteur. En effet ce que tu partages avec Konrad Schmitt ce sont à la fois les mêmes situations quotidiennes et la même atmosphère mentale. Extraordinaire familiarité donc. Vous appartenez en effet à la fois à la même famille biologique et à la même famille mythologique. Il me semble que ce geste d’œuvrer ainsi familialement et familièrement est très rare en littérature. Je n’en ai pas d’autre exemple en mémoire. (Il est cependant beaucoup moins rare au cinéma : Les Frères Lumière pour commencer, Les Marx Brothers, les Frères Taviani dans les années70-80 et de nos jours les Frères Farrelly, les Frères Cohen ou encore les Frères Dardenne.)

 

 

Pour toi comme pour Schmitt la poésie apparait comme une manière d’inventer une forme de connivence entre l’œil et le pied, entre la bille ébréchée de l’œil et le pied prolixe et octogonal.

 

Il y a une forme de sensualité glauque d’une grande intensité dans l’écriture de Schmitt.

À travers ses beaux yeux noirs et sur la rotondité pécuniaire de ceux-ci, poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

Le comme de Schmitt serait ainsi celui du glaucome. Ecrire ce serait exprimer le fruit d’épouvante du glaucomme.

 

Il y a aussi parfois des sortes de trivialités baudelairiennes.

Une pluie Langoureuse Remplissait les Réservoirs De ma béAtitude.

 

Et encore des sortes d’ébahissements proches de Flaubert.

Oh ! que c’est beau une vache ! Que ça sent bon !

 

la fine et fraîche brume qu’on boit comme du lait,

sur les cerisiers de petites boules écarlates qui (…) proviennent de l’hémorragie lumineuse du soleil.

Ainsi ce qui apparait de manière flagrante c’est que chaque phrase de Schmitt survient provoquée par une sensation. Cette déflagration de la sensation dans l’écriture de Schmitt indiscutablement me plait.

 

 

Certains disent qu’ils aiment mourir une fois par an pour changer leur peau. (…) la mort impatiemment lente

La peau révèlerait ainsi l’impatience de la lenteur. Les métamorphoses de la peau donneraient à sentir l’exaltation d’impatience de la lenteur, l’exaltation d’impatience tranquille de la lenteur.

 

le contact (…) goguenard du gant de toilette,

En effet, le gant de toilette se moque gentiment de la gueule qu’il nettoie.

 

Les yeux dociles mordaient le paysage,

La formule est évocatrice. Il y a une morsure de la docilité, de même que selon M. Duras il y a une puissance de destruction de la douceur. Docilité, étrange mot d’ailleurs, qui semble saupoudrer des cils à l’intérieur du dos. La docilité invente une sorte d’hydre au pelage de cils.

 

Le soir reculant par secousses se bricolait des dents.

le soir a maintenant une pesanteur de cerveau…

Le soir a des mâchoires. Le soir a des mâchoires de douceur. Le soir a des mâchoires de douceur imprévisible. Le soir a des mâchoires de douceur soudaine. Le soir a des mâchoires de douceur sidérante, sidérante soudaine. Le soir a des mâchoires de douceur sinusoïdale, sinusoïdale soudaine. Je cherche. Le soir a des mâchoires de je cherche. Le soir a des mâchoires d’ainsi, des mâchoires de je cherche ainsi, les mâchoires de douceur du je cherche ainsi.

 

 

la vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Le sommeil compose un tas de clefs. Le sommeil compose le tas de clefs de l’extase. Le sommeil  projette le tas de clefs de l’extase. Le sommeil compose la mosaïque de clefs de l’extase, la mosaïque de clefs du calme, la mosaïque de clefs de l’extase calme.

 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

Oui l’encens du silence. L’encens du silence ourle la vulve de l’ombre. L’encens du silence ourle la vulve végétale de l’ombre. L’encens de c’est-à-dire du silence ourle la vulve de terreur végétale de l’ombre, la vulve d’épouvante végétale de l’ombre.

 

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons

Le pain des ailes pose des têtes de poumons. Le pain d’ailes de la pamoison entasse des têtes de poumons. Le pain d’ailes de la pamoison entasse les têtes de poumons de l’espace.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Rhapsodie en marge de Pages Choisies.

 

 

 

 

 

J’intensément la terre ;

 

J’intensément la terre ;

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

 

J’intensément la terre ; 

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

 

J’intensément la terre ; 

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

 

J’intensément la terre ; 

j’avance dans l’ossement,

je pisse une colonne vertébrale chaude,

 

J’intensément la terre ; 

j’avance dans l’ossement,

je pisse une colonne vertébrale chaude,

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

 

J’intensément la terre ; 

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons.

 

J’intensément la terre ; 

j’avance dans l’ossement,

je pisse une colonne vertébrale chaude,

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

j’avance dans l’ossement,

je pisse une colonne vertébrale chaude,

la pensée, stabilisée à un rythme

inouï, devient transparente.

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons

 

J’intensément la terre ; 

Elle me regarde avec ses yeux de cadavre

Vitreux comme des billes ébréchées : oh ! quelle beauté !

 

J’intensément la terre ; 

En effet, c’est bien elle, quelle beauté !

On dirait un nid d’hirondelles !

 

J’intensément la terre ; 

Elle me regarde avec ses yeux de cadavre

Vitreux comme des billes ébréchées : oh ! quelle beauté !

En effet, c’est bien elle, quelle beauté !

On dirait un nid d’hirondelles !

 

J’intensément la terre ; 

Elle me regarde avec ses yeux de cadavre

Vitreux comme des billes ébréchées : oh ! quelle beauté !

En effet, c’est bien elle, quelle beauté !

On dirait un nid d’hirondelles !

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons.

 

J’intensément la terre ; 

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

 

j’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

Écoute ses ailes fichées

dans des têtes d’argile et de poumons

 

J’intensément la terre ; 

la vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

 

J’intensément la terre ; 

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

 

J’intensément la terre ; 

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois

 

J’intensément la terre ; 

la vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois.

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

Par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Le ciel blanc est clair comme l’eau des bois.

 

J’intensément la terre ; 

je prenais soin de plonger entièrement mes narines dans le pot de moutarde de l’appréhension.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

je prenais soin de plonger entièrement mes narines dans le pot de moutarde de l’appréhension.

 

J’intensément la terre ; 

et les mamelons éclataient de rire, candides.

 

J’intensément la terre ; 

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

Et les mamelons éclataient de rire, candides.

 

J’intensément la terre ; 

par un morceau de musique formée de poivre,

poussait fructueusement le champignon explosif et glauque du vice.

Et les mamelons éclataient de rire, candides.

 

J’intensément la terre ; 

Quand le temps explosera, ma poitrine s’ouvrira.

 

J’intensément la terre ; 

le don est le désespoir le plus fou.

 

J’intensément la terre ; 

quand le temps explosera, ma poitrine s’ouvrira,

le don est le désespoir le plus fou.

 

J’intensément la terre ; 

dans le fond du jardin rit une statue,

 

J’intensément la terre ; 

dans le fond du jardin rit une statue,

quand le temps explosera, ma poitrine s’ouvrira,

le don est le désespoir le plus fou.

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

Dans le fond du jardin rit une statue,

Quand le temps explosera, ma poitrine s’ouvrira,

le don est le désespoir le plus fou.

 

J’intensément la terre ; 

c’est-à-dire ton encens de fente vulvaire,

l’ombre a envahi comme un regard lointain.

La vie, autour de moi, calme et tranquille, reposait son fardeau sous les clés du sommeil.

Dans le fond du jardin rit une statue,

Quand le temps explosera, ma poitrine s’ouvrira,

le don est le désespoir le plus fou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                  A Bientôt          Boris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cher Boris,

                      oui, beaucoup ont cru que Konrad Schmitt était un de mes hétéronymes. Encore aujourd’hui, certains ne veulent pas en démordre. Et toujours ça me sidère, parce que si nous  partageons le même monde, Schmitt et moi, pour moi ça crève les yeux que sa puissance poétique est incommensurablement supérieure à la mienne.

    Evidemment, la lecture de MALDOROR l’a profondément marqué. Du reste, il a très peu lu, et surtout les numéros du “Haut-Parleur” et des traités de spiritualité orientale (ça fait plus de trente-cinq ans qu’il pratique la méditation tous les jours). Il a cessé d’écrire très jeune ; il a peint un peu plus longtemps.

    En dépit de notre gémellité (“décalée”), nous n’avons pour ainsi dire jamais écrit ensemble. Rien à voir avec les frères Dardenne (que j’aime beaucoup), ou Cohen (qui continuent de me décevoir : j’ai vu “Fargo” ce soir même, et je n’en retiendrai pas grand chose).

    C’est plutôt que j’ai beaucoup recyclé ses textes dans les miens... Comme dans “L’Arche” (le troisième poème du “Caret”’), où cette gémellité est mise en avant.

    Ta rhapsodie est étonnante. Elle m’émeut (me remue) profondément. Et je bois en ton honneur un verre de vodka polonaise, la WISENT, pas très chère, mais qui, vraiment, est bonne et ne fait pas de mal.

    Rhapsodie. En fait, tu refondes un genre. En as-tu fait d’autres ? Je crois, une sur les rêves de Claire Ceira, à moins que je ne l’ai rêvée... Je pense que tu devrais écrire d’autres rhapsodies, jusqu’à en faire un livre. Depuis Tarkos, Albarracin, Jaffeux ?

    Je n’ai rien écrit depuis trois ans. Demain je m’y mets, il est temps. Mais c’est un projet complètement fou, irréalisable. Et si je fais ce livre (après tout, “Titre” et “L’Arche” étaient irréalisables), le plus marrant c’est qu’il restera dans un tiroir, parce que je ne pourrai pas le publier.

    Si j’arrive à écrire ce livre, ce sera le dernier. Si je n’y parviens pas, alors c’est “Le Caret” qui aura été le dernier.

    Côté lecteurs, ça ne privera personne, que je ne publie pas ce livre (au cas où je l’écrirais) : Flammarion a vendu en 2014 QUATRE exemplaires du “Marasme chaussé”.

    Fraternellement à toi,

Ch’Vavar