Autres Notes à propos du Rêve 

 

 

 

 

Salut Ivar, 

 

 

 

Je t’envoie quelques extraits de C. G Jung à propos du rêve, accompagnés parfois d’indications schématiques. 

 

 

 

« Le rêve s’occupe souvent de détails en apparence oiseux, et il nous apparait, de ce fait ridicule. Ou bien il est par son extérieur tellement incompréhensible qu’il excite tout au plus notre étonnement. A cause de cette première impression qu’il nous donne d’être soit ridicule, soit incompréhensible, il nous faut toujours triompher d’une certaine répugnance intellectuelle  avant de nous décider à nous mettre sérieusement et patiemment au travail pour débrouiller cet écheveau confus. » 

 

 

« L’âme, pareille à un système autorégulateurs, est en équilibre, comme est en équilibre la vie corporelle. » 

 

 

Le rêve n’est pas ce qui signifie l’âme. Le rêve serait ce qui équilibre l’âme. Ainsi le rêve parce qu’il révèle un équilibre ressemble à la bicyclette. 

 

 

« Nous ne disposons que de connaissances très imparfaites sur la nature et les besoins de l’âme humaine. » 

 

 

Oui, l’âme a des besoins. J’ai le sentiment que les besoins de l’âme apparaissent très proches de ceux de la chair et cela simplement parce que l’âme c’est la forme de la chair. Les besoins de l’âme ce serait ainsi les besoins de forme de la chair. Les besoins de l’âme ce serait d’essayer de donner une forme précise, une forme à la fois précise et intense aux besoins de la chair. 

 

 

« Distinguons la fonction prospective du songe de sa fonction compensatrice. Cette dernière envisage l’inconscient dans sa dépendance du conscient (…). La fonction prospective au contraire, se présente sous la forme d’une anticipation, surgissant dans l’inconscient, de l’activité consciente future ; elle évoque une ébauche préparatoire, une esquisse à grandes lignes, un projet de plan exécutoire. » 

 

 

« Le rêve enferme en général ce que l’on appelle des thèmes mythologiques, c’est-à-dire des associations d’images et de représentations comparables à celles que l’on rencontre dans la mythologie de son propre peuple ou des peuples étrangers. Dans ce cas, le rêve contient un sens collectif, c’est à dire un sens général humain. » 

 

 

« Les rêves sont souvent des anticipations qui perdent tout leur sens à être examinés du point de vue purement causal. (...) Les rêves peuvent être faits de vérités inéluctables, de sentences philosophiques, d’illusions, de fantaisies désordonnées, de souvenirs, de projets, d’anticipations, voire de visions télépathiques, d’expériences intimes irrationnelles, et je ne sais quoi encore. 

 

Le déterminisme causal tend, de par sa nature même, vers une réduction univoque, c’est-à-dire vers une codification des symboles et de leur sens. Le point de vue finaliste, au contraire,  voit dans les variations des images oniriques le reflet de situations psychologiques infiniment variées.

 

(…)

 

D’un point de vue finaliste, le symbole a presque la valeur d’une parabole ; il ne dissimule pas, il enseigne. » 

 

 

Il y a ainsi globalement deux manières très différentes d’utiliser le rêve. Soit celui de désirer expliquer le rêve, autrement dit celui de penser que la raison dispose d’une puissance d’évaluation des événements plus grande que la déraison. Soit à l’inverse de révéler par le rêve, de montrer par la déraison, de montrer par la déraison de l’imagination c’est-à-dire de considérer que la déraison dispose d’une puissance d’approche du monde à la fois plus ample et plus précise que la raison. 

 

 

« Autant que faire se peut, je n’interprète jamais un rêve isolement. En règle générale, un rêve appartient à une série. » (…) C’est pourquoi  j’attribue peu de poids à l’interprétation d’un seul rêve. » 

 

 

Ou plutôt les rêves appartiennent à des cycles, des cycles plutôt que des séries. La série a un aspect trop sérieux. Le cycle apparait plus burlesque. Le cycle a la forme du cirque. Le cycle révèle le retour burlesque des événements. 

 

 

 

« Posons le problème de façon toute simple et demandons-nous : à quoi sert, à quoi rime le songe ? » 

 

 

Une réponse elliptique. En français le mot rêve rime avec le prénom Eve.

 

 

 

« Peut-être l’art ne « signifie »-t-il rien ; peut-être n’a-t-il aucun « sens » (…). Peut-être est-il comme la nature, qui est tout simplement et ne « signifie » rien. (...) L’art - pourrait-on dire -  c’est la beauté, et dans la beauté il remplit son rôle et se suffit à lui-même. Il n’a besoin d’aucun sens. Cette question de sens n’a aucun rapport avec l’art. » 

 

 

Cela serait à rapprocher d’une remarque de Sartre à propos de Faulkner dans Situations. « Avec quelque recul, les bons romans deviennent tout à fait semblables à des phénomènes naturels ; on oublie qu’ils ont un auteur, on les accepte comme des pierres ou des arbres, parce qu’ils sont là, parce qu’ils existent. » 

 

 

 

J’ai retrouvé encore une autre formule d’Elias Canetti à propos du rêve.

 

« Un rêve est comme un animal inconnu dont on ne peut, d’un coup d’œil, embrasser la forme entière. L’interprétation est une cage, mais lui n’est jamais à l’intérieur. » 

 

 

 

Enfin à propos de la déraison, j’avais aussi envoyé ces quelques phrases à Laurent Albarracin.  

 

 

« Pour tracer une limite à la pensée, il faut pouvoir penser les deux côtés de cette limite. »   Wittgenstein. 

 

 

« Prises de tous les côtés, les choses sont obscures à notre esprit, mais cette obscurité vaut parfois mieux que la vision claire d’un seul côté. »   Lichtenberg 

 

 

Le défaut de la raison (et aussi de la loi autrement dit de la loi rationnelle) est que lorsqu’elle conçoit une limite, elle ne pense qu’un côté de cette limite. Pour la raison, la limite est obligatoirement un infini. Pour la raison, ce qui limite c’est l’infini même. La pensée rationnelle ne peut jamais faire l’expérience des deux côtés à la fois d’une limite. La pensée rationnelle est justement ce qui n’atteint une limite que d’un côté. 

 

 

A l’inverse la déraison c’est-à-dire l’intuition ou l’imagination (la déraison de l’intuition, la déraison de l’imagination) apparait apte à sentir les deux côtés d’une limite. La déraison cependant ne pense pas les deux côtés d’une limite. La déraison a plutôt la sensation ou le sentiment des deux côtés d’une limite. La déraison ne pense pas la limite en tant qu’infini. La déraison a la sensation de la limite comme une trajectoire, une trajectoire entre deux matières, une trajectoire entre deux espaces ou une trajectoire entre deux temps. Pour la déraison de l’intuition, pour la déraison de l’imagination, la limite apparait comme une trajectoire à la fois de coïncidence et de dissociation, une trajectoire à la fois de contact et de déchirure. La raison pense la limite en tant que loi, loi de l’infini. La déraison a la sensation de la limite comme règle, comme règle du transfini. 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                           A Bientôt                 Boris