Christopher Walken

 

 

 

Walken garde à chaque instant la tête froide et ce calme apparait comme la forme même de sa démence.

 

Walken apparait comme un acteur de tête. Walken survient comme un acteur de tête. Walken n’utilise pas sa tête pour penser. Walken pose plutôt sa tête pour agir. Walken pose le plan  avec sa tête. Walken pose le plan où il se trouve avec sa tête. Walken pose le plan où il se trouve avec les gestes de sa tête. Walken expose le plan où il se trouve avec les gestes de sa tête. Walken explose le plan où il se trouve avec les pulsions de sa tête. Walken expose comme explose le plan ou il se trouve avec les pulsions de sa tête.

 

Walken apparait comme un acteur-tête et non comme un acteur-visage. Walken ne révèle pas des sentiments à la surface du visage. Walken montre des gestes à l‘intérieur de la tête. Walken montre des pulsions à l’intérieur de la tête. Walken montre des pulsions de gestes à l’intérieur de la tête. Walken montre des forces magnétiques à l’intérieur de la tête. Walken montre des forces magnétiques à l’intérieur du totem de la tête. Walken montre des pulsions de gestes, des pulsions de gestes magnétiques à l’intérieur du totem de la tête, à l’intérieur du totem de décapitation de la tête. Walken montre le totem magnétique de la tête. Walken montre le totem de décapitation magnétique de la tête.

 

Walken joue la danse des molécules à l’intérieur de la tête. Walken joue la danse des molécules à l’intérieur du totem de la tête. Walken joue le tourbillon des atomes à l’intérieur du totem de la tête. Walken joue la danse de molécules des pulsions à l‘intérieur du totem de décapitation de la tête. Walken joue le tourbillon d’atomes des pulsions à l’intérieur du totem de décapitation de la tête.

 

Walken montre le totem astrophysique de la tête. Walken montre le totem de décapitation astrophysique de la tête. Walken montre les pulsions des gestes à l’intérieur du totem astrophysique de la tête. Walken montre les pulsions des gestes à l’intérieur du totem de décapitation astrophysique de la tête.

 

Walken joue comme un décapité, comme un décapité déambulant, comme un décapité immortel. Walken joue comme un décapité de la déambulation, comme un décapité de la déambulation immortelle. Tim Burton a magnifiquement mis en évidence, a magnifiquement emblématisé cet aspect du jeu de Walken avec le personnage du cavalier sans tête de Sleepy Hollow.

 

Walken porte sa tête sur ses épaules comme un cheval. Tête de cheval de Walken, tête de cheval étrangement carnassier, de cheval étrangement carnivore. Tête de cheval de Walken c’est-à-dire aussi tête qui chevauche son corps. Tête de cheval que Walken doit faire tenir  volontairement en équilibre par la seule puissance magnétique de sa pensée, par la seule puissance magnétique de sa parole. Chaque mot, chaque phrase de Walken apparait ainsi comme une manière de fixer encore une fois, de fixer une dernière fois, de fixer une dernière fois encore sa tête à l’extrémité de son cou.

 

 

Walken montre l’alliance de la tête et du revolver. Walken montre l’alliance médiumnique de la tête et du revolver. Cela apparait de manière flagrante à l’intérieur des scènes de roulette russe de The Deer Hunter de Cimino. Walken invente ainsi une forme de tête-revolver, une forme de tête-revolver médiumnique. C’est comme si Walken jouait chaque scène un revolver posé sur la tempe et ou un revolver posé sur la tempe de ses partenaires. Et il est impossible de savoir au mot suivant dit par Walken quelle sera alors la tête qui explosera. Walken parle comme s’il se tirait une balle de revolver à l’intérieur de la tête. Et Walken se tait comme s’il extrayait la détonation de sa tête en dehors de la bouche d’un revolver.

 

« Tu te souviens des arbres ? » demande De Niro à Walken à la fin de The Deer Hunter et cela précisément avant que Walken ne se tire une balle de revolver à l’intérieur de la tête. Comment se souvenir des arbres, comment se souvenir des arbres de manière innocente c’est-à-dire comment se souvenir des arbres sans tuer quelqu’un l’autre ou sans se tuer ? C’est le problème métaphysique de Walken.

 

 

Le jeu de Walken invente une forme de phraser-marcher, un phrasé de danseur, une manière de parler comme de marcher avec les mâchoires, une manière de parler comme de marcher avec les dents, une manière de parler comme de danser avec les dents.

 

La diction de Walken c’est celle du pas de danse. Walken parle comme il danse avec la langue et les dents. Chaque mot que Walken prononce ressemble à un pas de danse. Chaque mot que Walken prononce ressemble à un pas de danse qu’il accomplit à l’intérieur de sa bouche. Chaque mot que Walken prononce ressemble à un pas de danse qu’il accomplit avec la langue et les dents à l’intérieur de sa bouche.

 

Walken marche avec sa voix.  Walken danse avec sa voix. Walken marche avec sa parole. Walken danse avec sa parole. Walken marche avec la voix de sa parole. Walken danse avec la voix de sa parole.

 

Walken marche avec les impacts de sa voix. Walken danse avec les impacts de sa voix. Walken marche avec les impacts de sa parole.  Walken danse avec les impacts de sa parole. Walken marche avec les impacts de voix de sa parole. Walken danse avec les impacts de voix de sa parole.

 

 

Walken joue comme un loup. Walken joue comme un loup qui danse. Walken joue comme un loup qui danse avec sa langue et ses dents. Walken joue comme un loup qui marche et danse à l’intérieur de sa bouche, à l’intérieur de la forêt de sa bouche, à l’intérieur de la forêt de décapitation de sa bouche.

 

Walken survient comme un dandy de la forêt. Walken joue comme un loup effrayé par sa violence même. Walken joue comme un loup debout, comme un loup debout épouvanté par sa violence même, comme un loup debout épouvanté par les pulsions même de sa violence.

 

La folie du visage de Christopher Walken révèle une inscription du profil à l’intérieur de la face. La face de Walken révèle la rencontre de deux profils, la rencontre de deux profils qui se décalquent l’un l’autre sans pourtant jamais coïncider. Walken révèle la schizophrénie de la face elle-même. Le tranchant absolu de Walken c’est son visage. Le couteau absolu de Walken c’est son visage.

 

Walken apparait comme un loup debout. Walken apparait comme le loup debout de la démarche absolue. C’est son allure quasi égyptienne. Walken apparait paradoxalement comme un égyptien de face. Walken ne tourne pas le profil de face. Walken ne tord pas le profil de face. Walken saisit le profil de face. Walken ravit le profil de face. Walken marche le profil de face. Walken ravit la marche de profil de face. Walken marche le ravissement de profil de face. Walken possède le profil de face. Walken possède la marche de profil de face. Walken marche la possession de profil de face.

 

 

Walken a quelque chose d’un héros grec, d’un héros grec tragique, d’un héros grec à la fois dément et tragique. Walken a une allure sophocléenne. Walken a un aspect indiscutablement sophocléen. La fureur du calme de Walken évoque par exemple celle d’Ajax de Sophocle.

 

Walken marche comme un Œdipe animal. Walken marche comme un loup-Œdipe, comme un loup-garou-Œdipe. Walken marche comme un loup garou-Œdipe qui aurait dévoré le Sphinx.

 

Christopher Walken c’est-à-dire aussi Christalker Wolfen. Walken c’est le loup qui dévore le Christ, c’est le loup qui dévore le Christ, c’est le loup qui dévore le Christ par sa parole. Walken c’est le loup qui saisit soudain le Christ entre ses mâchoires pour le dévorer ensuite par le regard de sa parole. Walken c’est le loup qui dévore la viande du Christ, c’est le loup qui dévore la crudité du Christ, c’est le loup qui dévore la viande crue du Christ. Walken c’est le loup qui dévore la viande crue du Sphinx. Walken c’est le loup qui dévore la viande crue du Christ-Sphinx.

 

 

Il y a une sorte de frankensteinisme discret dans le jeu de C. Walken.

 

Il y a aussi un aspect rimbaldien de Walken, une sorte de Rimbaud sans adolescence. Le jeu de Walken ne semble pas venir de sa vie. Le jeu de Walken ne semble venir ni de son enfance, ni de son adolescence. Impossible en effet d’imaginer Walken enfant ou adolescent. Le jeu de Walken semble venir d’un lieu de légende, d’un lieu de féerie, d’un lieu mythologique même. Walken apparait comme un acteur de légende, comme un acteur mythologique. Walken agit la légende. Walken agit la légende ici-maintenant. Walken danse la légende. Walken danse la légende à l’instant. Walken danse la légende à l’instinct de  l’instant. Walken danse le mythe. Walken danse le mythe à l’instant. Walken danse le mythe à l’instinct de l’instant.

 

 

Le visage de Walken révèle son instinct. Le visage de Walken révèle la forme de son instinct. Le visage de Walken révèle l’instinct de son regard, l’instinct indestructible de son regard. Ou plutôt Walken n’a pas de regard. En effet Walken ne regarde pas ce qu’il voit. Walken a plutôt des visions, des yeux de visions comme des visions d’yeux. Walken n’a pas de regard, Walken a des visions au lieu des yeux. Les visions de Walken ne traversent pas ses yeux. Les visions de Walken ne traversent pas son regard. Les visions de Walken apparaissent plutôt posées sur ses yeux. Les visions de Walken apparaissent plutôt posées comme des légendes sur ses yeux, sur l’écran de ses yeux. Les visions de Walken semblent plutôt incrustées sur l’écran de ses yeux, incrustées comme des légendes, incrustées comme des silhouettes de légende sur l’écran de ses yeux. Les visions de Walken semblent se cristalliser, se minéraliser comme des silhouettes d’imminence à la surface de l’écran de ses yeux.

 

Walken ne voit pas en lui-même. Walken ne voit pas l’avenir. Walken apparait plutôt possédé par la vision d’un lointain du temps, par la vision d’un lointain du temps antérieur à la mémoire. Walken apparait possédé par la vision du lointain de temps de l’oubli.