Nicole Kidman

 

 

 

L’intelligence à la fois catégorique et quasi hallucinatoire du jeu de N. Kidman. Nicole Kidman joue comme s’il en savait toujours beaucoup plus sur ce qu’elle joue que le spectateur, que les autres acteurs, que le metteur en scène et plus étonnamment encore qu’elle-même.

 

Les étranges dénudations dignes de N. Kidman. C’est comme si N. Kidman se dénudait à l’intérieur du miroir d’elle-même, à l’intérieur de son image même, à l’intérieur à la fois du tain et du teint de son image, à l’intérieur du tain et du teint de sa propre peau. Dénudations hautement narcissiques, dénudations qui en effet s’accomplissent toujours non loin d’un miroir et qui cependant abolissent la prétention quelconque du narcissisme. Alors ce n’est plus une femme qui se reflète dans le miroir c’est plutôt le miroir, le tain du miroir qui se reflète sur la peau d’une femme. Par exemple une dénudation subreptice dans une cabine d’essayage dans Prête à Tout de Gus van Sant et surtout le splendide nu quasi-athénien avec colonnade et raquette de tennis dans Eye Wide Shut de S. Kubrick. Le narcissisme de N. Kidman ne fixe donc pas les yeux sur son reflet. Le narcissisme de N. Kidman fixe plutôt son reflet à l’intérieur de l’iris de son regard.

 

Nicole Kidman anatomise le comme si. Nicole Kidman, anatomise la lucidité du comme du comme si. Nicole Kidman anatomise la clarté du comme si, la clarté de lucidité du comme si.

 

 

Il y a une superbe application, une superbe application hautaine du jeu chez Nicole Kidman. En cela N. Kidman ressemble à Steffi Graf. N. Kidman c’est la Steffi Graf des actrices, la Steffi Graf du cinéma. Comme Graf, Nicole Kidman a un aspect impitoyable. Il y a très peu de compassion pour ses partenaires chez Kidman, de même qu’il n’y en avait quasiment aucune de Graf envers ses adversaires. Quand Kidman  joue elle fait attention à tout, aux moindres détails, excepté aux autres (c’est la grande différence avec M. Streep par exemple  qui descend, atténue parfois son jeu de plusieurs degrés pour rester accessible à ses partenaires). L’interprétation ultra-précise de Kidman quant à elle semble dire à ses partenaires, si vous ne parvenez pas à vous tenir à ma hauteur eh bien c’est dommage mais cependant tant pis pour vous, je ne modifierais rien. C’est son intransigeance à la Louis Jouvet (Cherlize Theron a parfois aussi cette attitude).

 

Ce qui est extraordinaire chez Kidman, c’est l’ampleur de la gamme de ses effets de jeu. Son jeu peut varier comme cela lui chante des effets emphatiques aux effets délicats, des effets excessifs aux effets discrets.

 

Il y a une autonomie sidérante de N. Kidman. N. Kidman est ainsi capable de tenir un plan à elle seule pendant de très longues minutes. Par exemple le monologue  de la présentatrice météo dans de Prête à Tout de G. Van Sant et à l’inverse l’extraordinaire plan de face sans un mot dans la salle de concert de Birth de J. Glazer. Une actrice ainsi apte à tenir le plan aussi bien par un très long discours que par un très long silence est à l’évidence une actrice géniale.